Quelles sont les plateformes de sociofinancement au Québec?

On s’entend que le magasinage d’une plateforme n’est pas l’affaire la plus tripante au monde. Si bien qu’il s’agit souvent d’une des étapes les plus négligées de la planification d’une campagne, car quand vient le temps de la choisir, les créateurs vont généralement se tourner vers la plus populaire ou celle adoptée par leur milieu. Bon nombre d’artistes que j’ai rencontré ont ainsi choisi Indiegogo…

Je n’ai rien contre Indiegogo. Mais il est peut être bon de savoir qu’une plateforme de sociofinancement, c’est une entreprise qui génère des profits sur les commissions prélevées sur les fonds levés par l’utilisateur (le créateur). Or, si cette dernière n’est pas établie au Canada, comme c’est le cas pour Netflix, Google ou Spotify, par exemple, elle n’est pas tenue de taxer ses services.

Il sera question ici de sociofinancement local. Enfin, presque, puisque nos plateformes ne sont jamais réellement 100% locales; leur dispositif de prélèvement bancaire, Paypal ou Stripe, prennent de 3 à 5% sur chaque transaction, et ce, sans contribuer à l’amélioration de notre système de santé ou de nos routes.

Trois plateformes de chez nous et une adoptée

Haricot, La Ruche et Yoyomolo : ce sont trois plateformes très différentes, mais qui ont en commun d’offrir un accompagnement humain plus qu’adéquat, parce qu’ils ont les deux pieds solidement ancrés dans la réalité culturelle et entrepreneuriale québécoise, et parce que le soutien est offert EN FRANÇAIS! Ça vaut de l’or quand on a un bug avec notre page et qu’on peut parler directement à quelqu’un, dans notre langue.

Haricot

C’est la plus vieille plateforme de sociofinancement au Québec (2011). Ses fondateurs, Audrey Benoit et Thomas Dupérré, sont les fiers inventeurs du terme sociofinancement. Jusqu’à présent, Haricot a permis la réalisation de 324 projets, surtout culturels et communautaires. L’avantage de Haricot est qu’elle offre les modèles « tout ou rien » (vous devez atteindre votre objectif dans la durée déterminée, sinon no money) ou « flexible » (vous pouvez toucher votre argent même si l’objectif n’est pas atteint). Bémol : la mauvaise qualité ergonomique des pages de projet et le design chargé du site peuvent donner une mauvaise impression aux internautes qui ont l’oeil. Une petite refonte ne ferait pas de tort!

La Ruche

Née à Québec en 2013, La Ruche est un organisme à but non lucratif destiné d’abord aux projets d’économie locale. Quatre ans plus tard, sa mission principale reste essentiellement la même, mais elle accepte désormais des projets de plus grande envergure — comme le financement de l’album d’Annie Villeneuve — et elle a maintenant des bureaux dans les régions de Montréal, de la Mauricie et du Bas-Saint-Laurent. En plus d’un accompagnement humain exceptionnel, La Ruche offre des « Cellules », autrement dit des séances de pitch au cours desquelles les créateurs ont 30 minutes pour défendre leurs projets devant une salle d’ambassadeurs (des entrepreneurs de la région, la plupart du temps), et ce, avant la mise en ligne officielle de la campagne. Ça, c’est formateur en titi!

La Ruche n’offre que le modèle « tout ou rien ».

Yoyomolo

La plateforme est une propriété de ODE Technologie, une campagnie spécialisée dans le déploiement de plateformes en marque blanche, qui, par ailleurs, a fait l’acquisition de Fundo en 2014 (plateforme fondée par Maxime Lévesque). En 2015, la compagnie a lancé Gotroo, consacrée celle-là au financement participatif en capital. ODE s’est donc forgé une expertise du financement participatif dans tous les domaines : caritatif, investissement, entreprenariat, artistique, etc.

La spécialité de Yoyomolo est la campagne à plusieurs porteurs de projet. Ça se peut ça? Oui, mais ça ne convient vraiment pas à tous les types de projets. Je vous explique : mettons que vous organisez une soirée bénéfice et que vous identifiez trois ambassadeurs potentiels, parce qu’ils sont populaires sur les médias sociaux; à chacun, vous attribuez un objectif de financement à atteindre dans une durée X, qu’il est possible de suivre sur une même page. L’avantage d’une telle stratégie (surtout pour les associations caritatives) est qu’elle permet de créer une concurrence entre les trois porteurs et d’additionner les sommes amassées à la fin de la campagne.

En prime : Ulule, la Québécoise d’adoption 

Lancé en octobre 2010, la plateforme d’origine française Ulule a permis à ce jour le financement de 18 041 projets. Si je vous en parle ici, c’est que contrairement à certaines plateformes internationales, comme Kickstarter et Indiegogo, qui acceptent des projets québécois sans avoir pignon sur rue chez nous, le fondateur Alexandre Boucherot est venu s’installer à Montréal en 2015 dans le but de faire un vrai Ulule Canada. Pour en savoir plus sur l’accompagnement offert par leur directeur Louis-Maxime Lockwell, je vous invite à lire mon billet. Le modèle d’Ulule est celui du « tout ou rien ».

Voilà pour nos quelques plateformes québécoises, mais sachez qu’il y en a d’autres au Canada. Près de 150 (difficile d’avoir le compte exact ) sont accessibles aux créateurs d’ici.

Retenez bien ceci : ce n’est pas la plateforme qui va donner de la visibilité à votre projet, c’est vous et votre réseau. Sa popularité ne devrait donc pas faire partie de vos critères de sélection.

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